FRIESEN, au Fil du Temps
Copyright © 2017 Madeleine Hell-Kapfer
Les Celtes,
nos ancêtres avant l’arrivée des Romains
Y a-t-il des traces celtiques sur ou autour du ban de Friesen ?
Les Celtes qui certainement habitaient dans la région, se consacraient à l’agriculture et à l’élevage ainsi qu’à l’artisanat et n’ont pas laissé beaucoup de vestiges chez nous. Il faut regarder de plus près les traces romaines pour en comprendre un petit peu plus du monde celtique avant l’arrivée des Romains.
La civilisation celtique était établie en Europe, de l’Irlande jusqu’en Asie Mineure. Les Celtes formaient de nombreuses tribus souvent en guerre les unes contre les autres. C’est surtout grâce à cette situation, que Jules César a eu une chance de vaincre les Gaulois assez rapidement.
Essayons de nous rapprocher de nos ancêtres celtes, tout d’abord par le réseau des routes romaines dont on dit que souvent, leurs tracés suivaient d'anciennes routes celtiques.
Il faut savoir que déjà, pendant la première époque celte (la première partie de l’Âge de Fer appelée « Hallstatt »), longtemps avant l’arrivée de César en effet, pendant le 7ième - 6ième siècle avant J.-C., à Illfurth sur le Britzgyberg (1) et à Koestlach sur le Kastelberg (2) il y avait deux sites celtiques importants, qui ont été fouillés pendant les dernières décennies. Sur internet, on peut trouver quelques articles (voir références ci-dessous) et des trouvailles sont exposées au Musée Historique à Mulhouse.
Sur le Britzgyberg, qui se trouve en haut sur la confluence de la Largue et de l’Ill et qui est classé site celtique princier, on a trouvé des tessons de poterie qui ne sont pas de notre région mais les récipients venaient de la Mer Méditerranée - il y a environ 2600 ans ! Cela suggère un commerce intéressant dans notre région déjà au temps jadis ! Et comment ? Certainement aussi par des routes !
Même si de cette époque, aucun objet n'a été trouvé chez nous, il n’est pas invraisemblable que des liens entre notre endroit et ces deux sites existaient - par des routes !
Le « Herrenweg » (A) (signification initiale en allemand « chemin des armées »), l’axe nord-sud le long de la vallée de la Largue entre le Jura et les Vosges qui, à Friesen s’appelle « rue des Seigneurs », existait déjà, très probablement. D’après l’archéologue K. Gutmann, il date peut-être même de la dernière phase de l’Âge de Pierre (3i). Ce chemin mène vers les premières collines du Jura où se trouvait aussi le Kastelberg.

Pour l’axe ouest-est, il semble que la nouvelle route militaire des Romains (C), construite au début du premier millénaire après J.-C., monte le versant de l’est après le fort romain Larga très proche d’un autre tracé, peut-être plus ancien, qui n’avait pas la même qualité de construction. Alors qu’un soldat romain sur la nouvelle route militaire pouvait arriver à Kembs en une journée après une dure marche d’environ 34 km (3i), il fallait certainement compter plus de temps sur l’autre route (B) pour passer devant le Britzgyberg et tourner à droite vers Kembs…
Et voici un peu de notre recherche : ce chemin (B) potentiellement celtique vers le Britzgyberg est plus spéculatif, mais d’après l’itinéraire d’Antonin (un guide de voyage de la Rome antique d’environ 3-4ième siècle, qui est une liste des villes-étapes de l’Empire Romain) (3ii), une route menait de Larga à Uruncis (Illzach) qui dans tous les cas devait passer assez près du Britzgyberg. Le début de ce chemin à côté de l’ancien fort romain Larga semble déjà avoir été abandonné plus tôt, parce que c’est très probablement lui qui est appelé « wüster Weg » (chemin dégradé) dans le terrier de la Commanderie de l’Ordre de Malte de 1510 (3iii). Mais plus haut dans la forêt, ce chemin, qui était accessible aussi par le « Michelweg » (notre rue Saint Michel), était probablement encore fréquenté au Moyen Âge et menait vers Carspach et les villages disparus à cette même époque, entre Fulleren et Carspach. Quelques traces semblent être visible encore aujourd’hui sur des photos aériennes (3v) et même dans la forêt. Mais, jusqu’ici, aucune preuve pour étayer cette hypothèse.
Une connexion entre Belfort et le Kastelberg (D) (3iv) pourrait aussi avoir touchée notre ban, mais concrètement nous n’en avons pas plus d’informations.
Dans ce contexte, peut-être connecté par l’un de ces axes de l’ouest à Grandvillars (Territoire de Belfort) (7), non loin de Friesen, il y avait encore un autre site celtique intéressant. Un tumulus contenant une tombe à char de fin de l’époque « Hallstatt » a été fouillé en 1919. Les objets provenant de cette sépulture sont présentés au Musée d'Histoire de Belfort.
Et, non loin de notre ancien carrefour dont nous avons évoqué les axes nord-sud et est-ouest, il y avait un temple !
Très en profondeur, lors de ses fouilles de notre Goldigberg à côté de l’ancienne pépinière entre la route vers Largitzen et le Herrenweg, R. Schweitzer a découvert des traces « La Tène » dans notre temple gallo-romain (4i). C’est la dernière phase de l’Âge de Fer, avant l’arrivée des Romains, et c’est à la fin cette culture celtique qui se mêle avec la culture des nouveaux arrivés pour devenir la culture gallo-romaine.
La construction de l’ancien temple de l’époque « La Tène » était déjà circulaire mais plus simple que le temple de la fin du premier siècle de notre ère avec ses murs solides érigés sur la même surface avec un diamètre de 25m. 
La direction de l’ouverture du temple était d’une certaine importance à l’époque. Il semble que les Romains préféraient l’emplacement de la porte vers le soleil couchant, alors que souvent les temples celtes ont eu leurs portes du côté est (4ii). Chez nous, c'est différent. On pourrait aussi s'attendre à ce que du côté nord, la proximité d’une route importante influencerait la position de l’ouverture pour permettre aux passants de saluer le temple. Mais non ! Notre temple gallo-romain érigé, peut-être juste avant la construction de la grande route militaire, regarde vers le sud à travers l’ouverture de la vallée du Largitzerbach avant la confluence avec la Largue. Depuis la pente en face, en descendant le Herrenweg du sud, on a toujours eu une belle vue sur le temple implanté un peu en position dominante sur la vallée !
Malheureusement, nous ne savons rien des dieux qui ont été adoré dans le temple, ni à l’époque celte, ni à l’époque gallo-romaine.
Concernant ce temple, nous devons évoquer le mythe qui le concerne. La légende d’une dame blanche entourait notre Goldigberg. Certaines hypothèses proposent que ces légendes des dames blanches pourraient avoir leur origine dans le fait que les Celtes aient eu des prêtresses qui étaient vêtues de robes blanches ! (5)

Et les gens, les Celtes… ?
Quelques traces de maisons gallo-romaines ont été trouvées autour du temple (4i). Mais y avait-il aussi un village ici, avant les Romains ? Malheureusement, nous n’en savons rien.
A la fin de la dernière époque « La Tène », la surface du ban actuel de Friesen se trouvait au cœur du monde celtique. Basé sur de vieux documents comme par exemple « De Bello Gallico » écrit par Jules César, les auteurs d’aujourd’hui proposent différentes variantes du tracé de la frontière, mais il est assez sûr que nos ancêtres vivaient dans une région frontalière entre les deux tribus des Rauraques à l’est (avec leur capitale Augusta Raurica (Kaiseraugst à côté de Bâle) à l’époque gallo-romaine et à l’ouest les Séquanes, avec Vesontio (Besançon) leur capitale (6i ; 6ii ; 6iii).

Comme observé également dans d’autres endroits, les limites entre les tribus celtes ont souvent suivi des frontières naturelles comme de grandes rivières ou - comme proposé chez nous - les lignes de partage des eaux. Les Rauraques vivaient du côté est de cette ligne, où les ruisseaux et rivières coulent vers le Rhin et la Mer du Nord, alors que les Séquanes se trouvaient dans le bassin du Rhône / Saône où l’eau coule vers la Mer Méditerranée !
César raconte qu’en 58 avant J.-C les Rauraques brûlaient leurs villages et que 23.000 Rauraques quittaient leur pays pour « déménager » avec leurs voisins les Hélvètes plus vers le sud-ouest de la Gaule, probablement parce que les tribus germaniques « poussaient » de l’autre côté du Rhin. César n’était pas d’accord avec cette démarche et après la défaite de la bataille de Bibracte, il a renvoyé ceux qui ont survécu dans leur probable territoire d'origine ! Les traces celtiques trouvées à Bâle sur le Münsterhügel et à la Gasfabrik sont probablement des traces de ces Rauraques, d’environ cette époque (6iv).
Il est possible également que notre frontière à Friesen, entre les départements Haut Rhin et le Territoire de Belfort, remonte à cette époque. Par exemple, d’après certains auteurs, au Moyen Âge, les limites des deux diocèses de Bâle et de Besançon, déjà fondés très tôt dans le premier millénaire après J.-C., semblent avoir suivi ces limites - au moins partiellement et approximativement - entre ces anciennes tribus celtiques (6v).
Serait-il possible que les Romains se soient installés chez nous à cause de notre ancien carrefour de routes et de cette situation frontalière ? C’est un sujet de recherche qui nous enthousiasme en ce moment…

                                                                                                                                                                             
Auteur : Elke Zillich-Ertz
Références & propositions de liens intéressants
(1) Britzgyberg
- « La seigneurie celtique du Britzgyberg à Illfurth : bilan des récentes campagnes de fouille (2008-2012) » par Anne-Marie Adam, Université de Strasbourg, Annuaire de la Société d’Histoire du Sundgau 2013
- « La palissade dans tous ses états : l’enclos du Britzgyberg (Illfurth, Haut-Rhin) et autres aménagements palissadés dans les habitats du premier âge du Fer » par Anne-Marie Adam, Université de Strasbourg, Archimède 3. 2016. http://archimede.unistra.fr/revue-archimede/archimede-3-2016/archimede-3-2016-dossier-la-palissade-dans-tous-ses-etats/
- « Illfurth », Circonscription d'Alsace, Chef d'équipe de chercheurs : F. Pétry, Gallia Année 1972, pages 379-384.  http://www.persee.fr/doc/galia_0016-4119_1972_num_30_2_2616#galia_0016-4119_1972_num_30_2_T1_0380_0000
- https://www.lieux-insolites.fr/alsace/britzgyberg/britzgyberg.htm
(2) Kastelberg
- « Site fortifié du Kastelberg », Wikipedia.  https://fr.wikipedia.org/wiki/Site_fortifi%C3%A9_du_Kastelberg
- « Le "Kastelberg", un site de hauteur fortifié à Kœstlach » http://www.archeologie.alsace/fr/archeologie/fouilles-programmees/le-kastelberg-un-site-de-hauteur-fortifie-a-koestlach.html
- https://www.lieux-insolites.fr/alsace/kastelberg/kastelberg.html
(3) Les routes
- (3i) « Larga » par Karl Gutmann, 1905 (« Die Römerstrassen » 1. « Der Herrenweg », pages 46-48).  http://friesen.aufildutemps.alsace/Larga.html
- (3ii) « L’organisation du territoire entre Meuse et Rhin à l’époque romaine » par Emilie Freyssinet, Université de Strasbourg, 2007 (« L’itinéraire d’Antonin », « La table de Peutinger », pages 34-37)
- (3iii) Terrier de la Commanderie de Friesen de 1510 ; Archives Départemental du Haut Rhin
- (3iv) « La Trouée de Belfort au premier âge du Fer: Aux frontières de la recherche » par Laurie Tremblay Cormier. http://www.academia.edu/1577786/La_Trou%C3%A9e_de_Belfort_au_premier_%C3%A2ge_du_Fer_aux_fronti%C3%A8res_de_la_recherche
_ (3v) Traces visibles d’anciennes structures sur : Carte 3D du Conseil Départemental Haut Rhin (infogeo68.fr) ; Géoportail (geoportail.gouv.fr) ; Google Maps
(4) Informations sur des temples celtique & gallo-romains
- (4i) R. Schweitzer ; « Le Goldigberg », Sanctuaire gallo-romain de Larga (Friesen) ; 1968
- (4ii) La civilisation gallo-romaine dans le Jura ; Musée d’Archéologie du Jura - Lons le Saunier ; Service éducatif, Responsable S. David ; Centre Jurassien du Patrimoine, P. Dumetz-Poux. http://www.cndp.fr/crdp-besancon/fileadmin/CD39/Fichiers_cd39/mallette_archeo/Texte_Malette_gallo.pdf
- http://www.archeologie-et-patrimoine.com/gaule-romaine-temples/
(5) Légendes de dames blanches
- « Légendes d’Alsace » par Gabriel Gravier, Collection du Mouton bleu, Belfort, 1986
(6) Les cité celtes
- (6i) La civilisation gallo-romaine dans le Jura ; Musée d’Archéologie du Jura - Lons le Saunier ; Service éducatif, Responsable S. David ; Centre Jurassien du Patrimoine, P. Dumetz-Poux. http://www.cndp.fr/crdp-besancon/fileadmin/CD39/Fichiers_cd39/mallette_archeo/Texte_Malette_gallo.pdf
- (6ii) « Antiquités gallo-romaines du Haut-Rhin : Les deux Germanie cis-rhénanes - leur limite » par A. Cestre, Colmar, 1869.  http://friesen.aufildutemps.alsace/Antiquit%C3%A9s%20Gallo%20Romaines%20A.%20CESTRE.pdf
- (6iii) « L’organisation du territoire entre Meuse et Rhin à l’époque romaine » par Emilie Freyssinet, Université de Strasbourg, 2007
- (6iv) « Dictionnaire historique de la Suisse : Rauraques » http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F8022.php
- (6v) « Le massif du Jura à l'époque romaine. Terre de frontière ou de peuplement ? État des données » par P. Nouvel, Université de Franche-Comté, et C. Cramatte, Université de Lausanne ; 2013.  https://www.researchgate.net/publication/264479877_Le_massif_du_Jura_a_l%27epoque_romaine_Terre_de_frontiere_ou_de_peuplement_Etat_des_donnees
(7) Grandvillars
- « Grandvillars », Le Doubs et le territoire de Belfort, Lydie Joan - 2003, pages 469-471. Lien :https://books.google.fr/books?id=g5ssjgcN8gYC&pg=PA470&lpg=PA470&dq=grandvillars+tombe+%C3%A0+char&source=bl&ots=x80ZNk9Mlo&sig=mqk7R2K3IBWY_JEV_eNYWPhVKhE&hl=de&sa=X&ved=0ahUKEwj3tp7Gxa_YAhWBLsAKHWvaCrMQ6AEIPjAD#v=onepage&q=grandvillars%20tombe%20%C3%A0%20char&f=false
Réseau de voies anciennes
Réseau de voies anciennes

Sanctuaire gallo-romain
Sanctuaire gallo-romain

Goldigberg

Civilisation gallo-romaine
Civilisation gallo-romaine

Jura